Votre collègue de la CUMA a testé le taro l’an dernier sur une planche de 500 m². Il vous a montré des feuilles immenses et des tubercules qui se sont vendus 6 € le kilo sur le marché de Rungis. Depuis, vous vous demandez si cette plante tropicale mérite une place dans votre assolement. On a posé la question à des producteurs et à des techniciens: voici ce qu’il faut en retenir avant d’investir.

Pourquoi le taro intéresse les producteurs français

Le taro reste une culture marginale en France, mais la demande progresse, portée par les restaurants asiatiques, les épiceries spécialisées et les paniers de légumes ethniques. Au lieu d’importer des cormes depuis les Caraïbes ou l’Afrique de l’Ouest, quelques maraîchers commencent à en produire localement, en bio ou en conventionnel, pour des filières courtes. La marge brute au kilo peut dépasser celle des légumes de plein champ courants, à condition de maîtriser deux choses: l’irrigation et la conservation.

La diversification des cultures, comme le confirment les tendances de terrain, pousse certains exploitants à tester de nouvelles productions. Le taro coche plusieurs cases: il valorise les sols frais, il peut se glisser après une culture de printemps en zone tempérée douce, et il existe déjà des circuits de distribution structurés autour des communautés originaires d’outre-mer ou d’Asie du Sud-Est.

Colocasia esculenta: une plante qui aime les pieds dans l’eau

Le taro, c’est une aracée. Dans son milieu d’origine, il pousse les pieds dans l’eau, en rizière ou en bord de rivière. Sous nos latitudes, il faut reproduire ces conditions sans excès: une terre lourde qui retient l’humidité, un paillage épais et un arrosage régulier. La plante forme un corme central entouré de tubercules secondaires, tous comestibles après cuisson. Les feuilles, portées par de longs pétioles, dépassent souvent 50 cm. Son cycle est de 6 à 10 mois, ce qui oblige à planter au plus tard en juin pour récolter avant les premières gelées.

Pour visualiser les différentes variétés et leurs feuillages, cette vidéo donne un bon aperçu:

On distingue trois groupes utiles pour un producteur: le taro cultivé pour ses tubercules (Colocasia esculenta var. antiquorum), le taro sauvage moins productif, et les variétés ornementales à feuillage sombre comme ‘Black Magic’, que les fleuristes et horticulteurs s’arrachent pour leurs compositions estivales.

Planter et multiplier un taro sans perdre une saison

La multiplication se fait par division des cormes ou par prélèvement des rejets latéraux. En février, on peut démarrer les plants sous abri, dans du terreau maintenu à 20-22 °C, pour les installer en pleine terre vers la mi-mai, quand le sol dépasse 12 °C. Comptez 40 à 50 cm entre chaque pied, sur des rangs espacés de 80 cm. Le taro n’aime pas du tout les sols secs: une irrigation par goutte-à-goutte donne les meilleurs résultats sans mouiller le feuillage en permanence, ce qui limitera les taches foliaires.

Les étapes de multiplication et de plantation sont expliquées ici:

La récolte intervient entre octobre et novembre, quand le feuillage commence à jaunir. Les cormes s’arrachent à la fourche, comme des pommes de terre. Ils se conservent deux à quatre semaines au frais, à 7-10 °C et 85 % d’humidité, mais ils ne supportent pas le froid: en dessous de 4 °C, la chair noircit. Voilà pourquoi beaucoup de producteurs préfèrent vendre en direct sur des marchés de niche dès l’arrachage.

Si vous cherchez du matériel pour préparer le sol ou gérer l’irrigation, les techniques utilisées pour les cultures légumières classiques se transposent bien au taro. Par exemple, un combiné de semis un peu modifié peut vous servir à butter les rangs après la levée, un peu comme ce qu’on observe avec les itinéraires en cultures céréalières, mais sans le même niveau de mécanisation.

Pourquoi le taro mérite sa place dans un panier santé

Le taro n’est pas qu’une source de glucides complexes. Sa chair contient une proportion intéressante de fibres douces, de potassium et de vitamine C, ce qui en fait un féculent plus complet que la pomme de terre classique. Les populations qui en consomment régulièrement l’utilisent aussi pour son index glycémique modéré et son absence de gluten, deux arguments qui parlent aux nutritionnistes et aux consommateurs avertis. Les jeunes feuilles, une fois bien cuites, apportent de la provitamine A et du calcium. C’est une culture qui peut tout à fait s’inscrire dans un cahier des charges bio ou Label Rouge, à condition de maîtriser les intrants.

Ce qu’on sait des carences minérales sur d’autres plantes à feuillage, comme sur l’hortensia qui jaunit, est transposable au taro: un feuillage qui pâlit signale souvent un blocage de sol, pas une maladie. En sol calcaire ou mal drainé, la plante peine à absorber le fer, ce qui se traduit par des limbes décolorés. Un apport de compost mûr et un pH légèrement acide règlent souvent le problème.

Quel goût a le taro, et comment le cuisiner sans se tromper

Le goût du corme cuit se situe entre la châtaigne et la pomme de terre, avec une pointe de noisette selon la variété. Sa texture est fondante, presque crémeuse. On ne le consomme jamais cru: comme d’autres aracées, il contient des oxalates de calcium irritants que la cuisson détruit. Épluché, puis plongé dans l’eau bouillante ou cuit à la vapeur, il devient un excellent substitut de la pomme de terre dans les purées, les gratins, ou même en frites. Dans les cuisines antillaises et réunionnaises, on le fait mijoter avec du lait de coco, du gingembre et des épices pour en faire un accompagnement moelleux. Les restaurateurs apprécient ce tubercule parce qu’il tient bien à la cuisson et supporte les sauces longues sans se déliter.

Les jeunes feuilles de taro se préparent comme des épinards, après un blanchiment qui élimine les substances urticantes. Cette double valorisation (corme + feuille) peut intéresser les maraîchers en vente directe, car elle permet d’étaler l’offre sur la saison.

Maladies et ravageurs: ce qu’on risque vraiment en climat tempéré

En France, l’ennemi numéro un du taro, c’est l’excès d’humidité au collet. La pourriture des cormes, causée par des champignons du genre Phytophthora, survient dans des sols mal drainés ou quand l’irrigation est trop généreuse. La prévention passe par un sol bien structuré, une rotation de trois ans minimum, et un paillage qui empêche la terre de coller aux pétioles. Les taches foliaires, souvent sans gravité, s’installent sur les vieilles feuilles en fin de cycle et ne demandent aucune intervention chimique.

Côté insectes, le taro attire les pucerons et les altises, surtout en bordure de parcelle. Plutôt que de traiter à tout va, une bande fleurie et une surveillance régulière suffisent dans la plupart des cas. Les dégâts sur feuillage restent cosmétiques tant que la plante est bien alimentée en eau. Sur ce point, la conduite du taro n’est pas très différente de celle des cultures maraîchères exposées au même cortège de ravageurs.

Questions fréquentes

Peut-on cultiver le taro en pot ou sur un balcon?

Oui, les variétés ornementales comme ‘Black Magic’ se plaisent très bien dans un grand pot de 30 litres, à condition de leur offrir une soucoupe constamment remplie d’eau. Les cormes de ces variétés sont moins développés et peu savoureux, l’intérêt est surtout décoratif.

Quel est l’autre nom du taro?

Le taro est aussi appelé dachine aux Antilles, songe à La Réunion, ou encore malanga, bien que ce nom désigne parfois une autre plante proche (Xanthosoma). Derrière tous ces noms, c’est presque toujours Colocasia esculenta.

Le taro peut-il devenir envahissant?

En France métropolitaine, non. Le gel hivernal tue les cormes restés en terre, ce qui empêche toute naturalisation. Dans les départements d’outre-mer, il faut en revanche le surveiller, car il peut coloniser les zones humides.

Peut-on déclarer une culture de taro à la PAC?

Le taro entre dans la catégorie des légumes et peut être déclaré en tant que culture de diversification sur les surfaces d’intérêt écologique (SIE) ou dans les programmes de diversification. Vérifiez auprès de votre DDT(M) le cadrage applicable à votre zone, car les règles changent selon les régions et les campagnes.

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